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À propos de Kinshasa Bopeto :Freddy BONZEKE ILIKI: « la salubrité n’est pas seulement l’affaire des autorités »

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En vue d’aider son chef à relever le défi de l’assainissement de la ville de Kinshasa, Freddy BONZEKE ILIKI s’en va en guerre contre les immondices dans le cadre de « Matete Bopeto », un projet miniaturisé de la grande opération « Kinshasa Bopeto ». Dans cette interview accordée à Heshima Magazine, le Directeur de Cabinet du Gouverneur Gentiny NGOBILA MBAKA estime que la population et les autorités sont concernées par la salubrité. Il dévoile ici les stratégies mises en place pour rendre la commune de Matete clean. Entretien.

Vous êtes l’initiateur de l’opération « Matete Bopeto ». Avez-vous les moyens de votre politique pour assainir la commune de Matete en la débarrassant des immondices ?

« Matete Bopeto » s’inscrit bien dans la grande vision de « Kinshasa Bopeto ». Il ne peut se comporter que de la manière dont la vision « Kinshasa Bopeto » se comporte. La première phase consistait à lancer la sensibilisation et la mobilisation de la population. Parce que les Kinois, finalement, commençaient à penser que la salubrité était l’affaire des autorités, alors que les moustiques, les immondices provoquent des maladies chez les autorités tout comme chez nous-mêmes, la population qui vivons dans des endroits qui sont sales. Le Gouverneur a lancé la vision « Kinshasa Bopeto » et moi comme l’un de ses collaborateurs, j’ai miniaturisé la vision pour la circonscrire dans une commune où j’ai grandi, à Matete. En ce qui concerne les moyens, il faut dire que dans la partie sensibilisation, personnellement, je les ai mis. J’ai bénéficié aussi du soutien d’une structure et de l’appui de mes amis d’enfance, qui ont bonnement accepté de participer sans me demander de l’argent. Aussi, j’ai utilisé certains de mes contacts.  Certains de mes partenaires ont mis des camions à ma disposition pour réussir Matete Bopeto. Donc, il ne faut pas qu’on entende par moyens, seulement les finances. Il y a aussi le moyen humain.

Généralement, c’est à la fin de la saison sèche que le curage des caniveaux commence. Que faire pour que cela devienne une activité permanente ?

Bon, c’est comme je viens de le dire, « Matete Bopeto » rentre dans le cadre de la vision Kinshasa Bopeto. Cela doit être une activité permanente, obligatoirement parce qu’il ne s’agit pas seulement de sensibiliser, mais aussi de pérenniser l’activité. Il faut gérer l’activité, savoir où vont les déchets ménagers, de la collecte jusqu’à la transformation. C’est en ce moment-là qu’on dira que c’est une activité pérenne ou permanente. Mais alors que la lutte contre l’insalubrité ici à Kinshasa était devenue un impératif, il ne fallait pas attendre la saison sèche pour curer les caniveaux. Nous avons pris le risque de le faire pendant la saison de pluie et avons bénéficié d’une expérience. Avec les dégâts causés par les pluies diluviennes dans certains coins de la capitale, nous avons constaté que grâce au travail que nous faisons, la Commune de Matete s’en sort plutôt bien.

Comment cela ?

Par exemple chez nous à Matete, nous avons découvert que le problème vient de Kisenso. Et l’une des solutions, ce qu’il faut créer un bassin de rétention au niveau de Kisenso pour désorienter les eaux et les canaliser jusqu’à N’djili. Sinon, Matete continuera à être englouti par du sable, des eaux et les caniveaux seront tout le temps bouchés. Donc, le faire pendant la saison de pluie nous a donné l’occasion de voir de plus près les difficultés réelles et cela nous permet dans l’avenir de pouvoir orienter et poser le vrai problème.

Etes-vous en train de chercher une solution définitive ?

Matete est une commune qui a été très bien urbanisée. Elle a de grands collecteurs qui amènent les eaux jusqu’à la rivière N’djili. Il suffit de curer cela. Quand on fait ce travail-là, on évite à la commune de connaitre des inondations.

Voulez-vous dire le faire immédiatement ?

Par exemple, pour empêcher le bouchage des caniveaux, quelle est la solution ? Nous avons fait un partenariat avec un Juif…qui rachète les bouteilles en plastique. Nous demandons à nos jeunes de ramasser les bouteilles en plastique et de les vendre auprès de ce monsieur-là, moyennant 3000 francs le bac. Ceci, en vue de retirer de la circulation les bouteilles en plastique usées.

Après curage de caniveaux, avez-vous pensé à un mécanisme de ramassage régulier des immondices provenant de tous les quartiers de la commune ?

Ça, c’est la deuxième étape. Dans un cadre général, on ne peut parler de la salubrité ici dans la ville sans donner à la population la possibilité de jeter des immondices aux bons endroits. Donc, il faut des poubelles. À ce que je sache, le gouvernement provincial aussi s’y emploie. Il y a des commandes de poubelles et de camions, et même on créera un service spécialisé. Je pense que nous aurons des solutions pour gérer les déchets.

La commune de Matete n’a ni poubelles ni décharges publiques. Comment est-ce que les immondices ne peuvent-elles pas s’amonceler ?

Le principe ce que les déchets atterrissent dans une décharge de transit, avant d’être évacués dans une décharge finale. La décharge finale ne sera utile que lorsqu’on aura des structures de transformation et de recyclage. Nous avons déjà fait plusieurs accords ici avec certains investisseurs qui veulent créer des structures de transformation. A la ville maintenant d’organiser la décharge finale pour permettre à ces entreprises d’avoir de quoi recycler et à chaque commune d’organiser la décharge de transit pour que les déchets qui quittent les ménages ne soient pas jetés n’importe où. Tout cela est en études. C’est pourquoi j’avais dit que « Kinshasa Bopeto » est une grande vision qui a plusieurs étapes. Et en commençant, il fallait que nous qui sommes aux côtés du Gouverneur, nous accompagnions sa vision, en donnant l’exemple.

Certaines personnes vendent à même le sol en dépit du fait que la commune est dotée d’un marché moderne de 2640 étalages. Que faut-il faire dans ce cas ?

Il faut dire que le marché de Matete jusqu’aujourd’hui est inachevé. Les 2640 étalages ne sont pas encore très opérationnels. A ce sujet, il y a un opérateur économique avec qui nous sommes en pourparlers et qui voudrait achever la construction du marché. J’attends avoir l’aval du Gouverneur quant à ce. En ce moment-là, on pourra orienter toutes les mamans qui vendent le long des rues à l’intérieur du marché, pour que cela puisse contribuer à la salubrité de la commune.

En lançant l’opération Kinshasa Bopeto le 19 octobre, le chef de l’État avait appelé au changement des mentalités. D’après vous, que doit-on faire pour qu’il y ait vraiment changement des mentalités à Matete ?

Je l’ai dit. Il y a changement des mentalités quand tout le monde prend conscience que la salubrité n’est pas seulement l’affaire des autorités. Il faut une prise en charge individuelle et il faut que chacun puisse savoir qu’il a le devoir de nettoyer la devanture de sa parcelle, et là ce n’est pas une affaire de la commune, du Gouverneur ou du directeur de cabinet du gouverneur. C’est ça le changement des mentalités. Il faut, après avoir pris quelque chose, penser à jeter les déchets au bon endroit. Ne pas boucher les caniveaux, ne pas jeter des ordures la nuit, étant donné que cela n’honore ni la commune, ni la ville, ni les individus que nous sommes. Lorsque nous allons à l’étranger, nous respectons les règles que nous trouvons là-bas. Nous ne jetons pas de la saleté n’importe où. Je suis allé une fois en Chine. J’ai fait plusieurs kilomètres à bord d’un bus et j’étais incapable de jeter un papier mouchoir que j’avais utilisé parce que je ne voyais pas où le faire. Je suis allé trouver une poubelle dans une station-service où j’avais finalement jeté ledit papier mouchoir. Je suis kinois, je suis Congolais. Il faut arriver à cela, si on veut réussir avec la salubrité. Même si on dispose des camions, mais tant que l’homme Congolais ne sera pas restructuré, le problème va perdurer.

Que faites-vous pour éduquer la population ?

Rassurez-vous, Madame, que le concept « Kinshasa-Bopeto » est ancré. Les gens en parlent et espèrent voir les choses changer. Maintenant, il faut améliorer cette sensibilisation, la pousser, l’organiser de telle sorte que nous puissions atteindre tout le monde.

Chaque dernier samedi du mois, le « Salongo » est organisé, mais, sur le terrain nombreux sont ceux qui préfèrent attendre, sans rien faire, la fin de l’opération pour commencer à vendre. Comment impliquer tout le monde ?

Là aussi, le Gouverneur avait dit que pour un premier temps, pendant la phase de sensibilisation, Kinshasa Bopeto ne sera pas coercitif. Mais, il arrivera un moment où le pollueur sera payeur. Celui qui produit les déchets, devra payer. Je me réserve de donner la teneur de toutes ces idées, mais, nous avons l’avantage de réaliser cette interview le 3 janvier 2020. Je crois que dans le programme de cette année, et comme le budget venait d’être voté, il y aura des actions, des initiatives, qui feront que les Kinois en particulier puissent savoir que le pollueur c’est lui le payeur.

Le chef de l’Etat encourage la création des brigades de jeunes dans le cadre de Kinshasa Bopeto.  Avec qui allez-vous travailler ?

Une société organisée fonctionne avec des structures. Ceux qui voudraient participer dans le cadre de l’opération « Kinshasa Bopeto », ont l’obligation de créer des structures du genre ONG. Moi-même, j’ai créé ma structure « Les Amis de Freddy BONZEKE ILIKI ». J’essaie de réunir du matériel, d’avoir la personnalité juridique et tous les papiers nécessaires pour être capable de compétir au moment venu, lorsqu’il sera question de recruter les structures qui participeront dans l’opération Kin-Bopeto. Même si moi-même je peux me retrouver dans une situation de conflit d’intérêts, mais, ma structure n’est pas représentée par moi. J’ai des gens qui l’engagent. Je peux seulement apporter un coup de pouce pour que la structure puisse avancer.

Avez-vous pensé à associer les ressortissants de Matete que sont Edingwe, Félix Wazekwa ou Le Karmapa pour le succès de l’opération ?

Ah ce sont les notables de chez nous ! J’ai parlé avec Ya Eddie, je n’ai pas encore parlé avec Félix WAZEKWA, mais      déjà, ces musiciens sont en train de composer quelques chansons de morale par rapport à cela. Mais, je l’envisage. J’ai déjà rencontré plusieurs fois le vieux SOMIDA et je parle avec beaucoup de notables. J’ai été reçu par quatre fois dans des associations de notables de Matete et je crois qu’avant la fin du mois nous aurons une séance d’échange des vœux et à cette occasion nous allons impliquer tout le monde.

À Matete, les églises et bistrots poussent partout, provoquant ainsi la pollution sonore diurne et nocturne. Avez-vous pensé à l’assainissement de ce secteur ?

Ah oui ! Notre ministre de l’Environnement, TENGE LITHO a sillonné toute la ville, il a fermé des églises, il a fermé des bistrots. Je crois que, puisque c’était encore des fêtes de fin d’année, il y a la courtoisie, mais très bientôt le ministre va revenir à la charge. Il y a des brigades qui opèrent quant à ce.

Pour l’insécurité avec les voitures appelées communément ketchs, que comptez-vous faire ?

On a trouvé une application d’identification. Je crois que très bientôt, tout taxi sera autrement identifié. L’identification, ce n’est pas le numéro estampillé sur les portières du taxi. L’identification sera informatisée, les chauffeurs et les véhicules seront connectés dans un système, qui puisse permettre qu’à tout moment on puisse identifier un véhicule. Avant d’avoir une plaque d’immatriculation, on est identifié dans un système informatisé qui puisse nous permettre de suivre le mouvement de tout taxi et de tout chauffeur.

Un dernier mot pour les gens qui croient ou ne croient pas en l’opération Matete Bopeto

J’ai entendu les gens dire que Kin Bopeto est un slogan creux. Je dis à ceux-là d’avoir du courage et de l’espoir et de se sentir ridicules si notre pays doit être sale. Quand vous sortez de ce pays, vous allez ailleurs et vous y revenez, vous seriez touché par la qualité que vous trouvez à l’aéroport. Déjà à Addis-Abeba, ne serait-ce que cela, vous allez sentir qu’on a encore du travail ici. Je pense que nous devons soutenir les efforts d’assainissement de nos milieux. Au lieu de travailler dans le sens de minimiser, dans le sens de décourager les efforts, dans le sens de jouer au prophète de malheur, je demande humblement aux Kinoises et Kinois qui auront l’occasion de lire ce numéro du Magazine Heshima, qu’il y va de notre intérêt. Si nous voulons être respectés par les autres nations, commençons par donner à notre pays ce dont il a droit. Pourquoi acceptons-nous la saleté ? Pourquoi pensons-nous que la saleté est un mode de vie ? Cela ne doit pas être comme ça. Ensuite, ceux qui disent que « Kinshasa Bopeto » n’est qu’un slogan, qu’ils sachent que le gouverneur NGOBILA n’a que 8 mois à la tête de la ville. Qu’est-ce qu’il a hérité ? Tient-on compte de tout cela pour qu’on puisse aujourd’hui, à huit mois, exiger le résultat comme si tout était déjà mis en place ? Non ! C’est injuste de leur part et je voudrai terminer en disant que nous ne sommes pas obligés de venir dévoiler tout ce que nous pensons.

Devra-t-on faire la politique en venant à la presse pour dire qu’il y aura ceci ou cela… ? Nous connaissons les difficultés auxquelles nous sommes confrontés et nous montons cette fois-ci, des stratégies  pour que nous puissions réussir. Nous ne sommes pas obligés de dévoiler tout cela.  Du moins, puisque vous êtes venus vers nous, vous avez quand même su que nous sommes en train d’attendre des containers des poubelles très bientôt dans la ville de Kinshasa, parce qu’on ne peut pas parler « Kinshasa-Bopeto sans montrer aux Kinois où il va jeter les ordures.

Et s’il y a de poubelles, il doit y avoir un mécanisme de ramassage. Et là il faut des camions… Nous avons reçu beaucoup d’investisseurs, chacun venant avec une technologie. Avec une façon de faire pour réussir la salubrité. Il faut encore que les moyens s’en suivent. Il faut des  taxes et impôts, il faut la culture fiscale dans le chef des kinoises et kinois. Tout cela, j’invite à la patience, à l’objectivité et à la justice.

Olyncia KASHEMA MUHONG

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